Que la société soit libérale ou de partage, la gestion reste et restera primordiale.
Et, toute action responsable doit donner de la dignité á soi même et aux autres...
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Améliorer la rentabilité et sauver l´entreprise.
Lors d´un congrès, j´ai fait mienne cette phrase de Philippe Crance directeur de GMV conseil : « On ne résiste pas au mouvement par l´immobilisme. On résiste au mouvement par le mouvement »
La question dans notre propos est de savoir s´il est logique qu´une entreprise en difficulté soit amenée au dépôt de bilan ?
L´entreprise doit faire mouvement, non pas en fuyant ou en attendant que la crise passe, mais par l´action qui consiste à trouver les moyens de s´adapter aux nouvelles exigences de l´environnement.
Pour se positionner dans une attitude gagnante, nous verrons pourquoi il n´y a pas d´autres alternatives, au sens de l´histoire humaine que de se situer dans une posture respectueuse de l´être humain.
Face aux nouvelles exigences de l´environnement qui sont : le désir d´exister, l´internationalisation de la concurrence, l´utilisation de systèmes à procédures complexes, l´exigence grandissante des clients (ils peuvent réclamer une « capabilité » du procédé Cpk supérieur á 1,33), l´entreprise doit s´imposer une adaptation en profondeur qui tient compte également de l´évolution des savoirs…
De ce fait, les dirigeants doivent avoir une bonne maîtrise des systèmes complexes parce qu´ils doivent s´adapter tout en créant un avenir plus mature et plus responsable de l´entreprise. J.C Fauvet, le montre bien dans son ouvrage « la socio dynamique, un art de gouverner », publié aux éditions d´Organisation.
Il faut savoir qu´il est possible d´acquérir la maîtrise des systèmes complexes par une approche simple qui intègre le maniement d´outils performants de détection, d´organisation et d´analyse efficace. Nous retrouvons l´utilisation de ces outils dans les différentes approches qui composent l´organisation de l´entreprise.
Nous allons donc parcourir cette organisation qui représente les systèmes qui font l´entreprise.
Comment aborder cette investigation de l´entreprise dans cet esprit préalablement exprimé ? Nous allons proposer une approche en impliquant les acteurs de chacune de ces organisations. L´acteur participe et sera accompagné dans une forme pédagogique que j´appellerai d´accompagnement…
Après un diagnostic global de l´entreprise et un rapport de situation, la forme pratiquée sur chaque système comporte le diagnostic du système suivi de propositions stratégiques qui sont discutées. La solution validée sera mise en place, par le ou les acteurs, en appliquant une action pédagogique d´accompagnement.
La première approche consiste à maîtriser les flux par l´analyse des implantations et s´il est nécessaire par une réorganisation de ces implantations qui tiendra compte des principales faiblesses de l´entreprise, de la typologie de production et des contrainte qui s´imposent.
Il peut être utile de réaliser une étude de poste et éventuellement la mise en œuvre d´une nouvelle structure organique qui tienne compte du souhait managérial des dirigeants et des aspirations du personnel.
La deuxième approche concerne les stocks. Le but étant de les utiliser comme organe régulateur en visant le zéro stock.
Puis, la production avec ses techniques et ses propres outils que vous pouvez consulter sur le lien de mon associé… Pour ma part, j´aborderai la question de l´étude des coûts. Les outils mis en place doivent permettre un suivi constant des coûts de revient et des seuils de rentabilité en considérant les différents types de coûts qui sont : (le coût défini, engagé, réalisé, facturé et payé)...
La troisième approche porte sur la maîtrise de la gestion financière. Elle passe par l´analyse fonctionnelle du compte de résultat et du bilan ; c´est à dire une connaissance parfaite de la valeur ajoutée, de la capacité d´auto financement de l´entreprise, de son fond de roulement et du besoin en fond de roulement qui permettent un suivi rigoureux de la trésorerie.
La quatrième approche comporte la coordination de tous ces éléments et de leur mise en œuvre en considérant les liens qui existent entre eux en toute considération d´une efficacité économique et les vertus humanistes… Tout naturellement vient la mise en œuvre des tableaux de bord propres á chaque secteur (production, gestion financière, management, ainsi que celui du chef d´entreprise qui doit offrir une vision synoptique, simple et permanente du suivi en temps réel de l´activité de l´entreprise.
J´aimerais citer une expérience récente d´un projet réalisé dans cet esprit et avec cette méthode.
L´expérience concerne une entreprise de peinture industrielle. Lorsque nous avons été sollicités pour intervenir dans cette entreprise, elle venait d´être déclarée en procédure d´alerte.
Le diagnostic nous a montré que l´entreprise était viable…
Nous avons accepté le chalenge et avons, de façon plus ou moins participative, élaboré une charte dans laquelle nous avons exprimé des valeurs en terme de rigueur et de transparence. Le reste du travail de reconstruction a suivi le programme et la philosophie déjà exprimés…
En une année, l´entreprise a enregistré des résultats inespérés avec un bénéfice de 266 000 € et une augmentation des effectifs de 1/3.
Aujourd´hui, l´entreprise a réussi sont entrée sur de nouveaux marchés… Elle a investi et elle enregistre des résultats performants.
Combien d´entreprises pourraient suivre cet exemple ? Je suis frappé par le nombre d´entreprises qui ne s´en sortent pas malgré un potentiel de réussite…
Pour beaucoup de nos contemporains, le mot pouvoir semble important et le mot idole, un mot désuet, ringard. Néanmoins, nous pouvons dire que le pouvoir et l´idolâtrie ne sont pas des mots flous ! Ils se manifestent par nos actes, durant toute notre vie et leurs fruits parfois mortels, sont visibles. J’aimerais porter cette réflexion à la connaissance de mes lecteurs, parce que l’entreprise. La nôtre! Semble bien, dans son environnement économique, en être un des principaux acteurs d’influence.
Idole et illusion du pouvoir…Etique
Aujourd´hui, il n´y aurait donc plus d´idoles, mais que des idolâtres. En fait, l´idolâtrie se situerait non pas dans l´objet en lui-même, mais dans l´attitude de la personne, cette attitude pouvant concerner n´importe quel objet comme l’argent, le plaisir, la consommation qui va de paire avec le pouvoir …et qui ne sont pas des idoles, par contre, une certaine manière de les regarder de les rechercher, de les posséder, peut relever d´une attitude idolâtre.
C´est donc une perversion du sens, de la valeur, de la place des choses. C´est situer comme but ce qui n´est q´un moyen, c´est attribuer une valeur absolue á ce qui n´est que relatif…
J´aimerais dire que ce qui est véritablement dangereux, ce sont les tentations qui peuvent miner notre conscience et notre activité : la soif insatiable du lucre, le gain facile et immoral, le gaspillage, les ambitions démesurées, la cupidité, le manque d´honnêteté dans les affaires et les injustices envers les plus faibles.
Je ne souhaite donc pas, comme nous l’avons vu et l´observons dans le monde des affaires et de la politique, m’agenouiller devant ces veaux d´or ! Je vous demande de ne jamais abandonner le sentier étroit de l´honnêteté et de la probité qui est seul capable d´offrir avec un bien être mérité, paix et sécurité pour notre humanité, dans cette esprit d´entreprise qui devrait être le nôtre…
Il semble que l´entreprise soit un lieu d´affrontement. Marx a systématisé et théorisé cette situation. Au regard de cette idéologie Marxiste, l´entreprise en régime libéral ne serait que le champ clos de la lutte des classes, le lieu où s´exerce l´oppression des travailleurs par la classe dominante. Cette vision est réductrice parce qu´aujourd’hui cette oppression dépasse largement l´espace de l´entreprise et la complexité croissante de l’organisation socio-économique en multiplie les particularismes.
Alors, les visions agressives ou iréniques du pouvoir sont très éloignées de la réalité. Nous sommes dans une communauté d´êtres humains effectuant ensemble certaines tâches. Ces relations de société entraînent nécessairement des rapports de force parce qu´elles sont toutes associées á des manifestations du pouvoir. Ce pouvoir ne s´exerce pas suivant une ligne hiérarchique univoque.
Il y a toujours des contres pouvoirs et selon la situation et les circonstances politiques, l´un ou l´autre est dominant.
Nous constatons qu´il n´y a pas d´individu ou d´état-major qui préside á la rationalité du pouvoir, mais un réseau de pouvoir qui fonctionne dans une société, chaque maille ayant ses visées et ses objectifs, et chaque manifestation du pouvoir se heurtant habituellement á une résistance. Il est donc vain de vouloir supprimer ces rapports de force qu´implique l´exercice du pouvoir.
Il faut par contre s´interroger sur les motivations et conditions de cet exercice. Ce qui est certain, c´est que la générosité y trouve rarement sa place.
Hors le cas de l´homme qui possède son affaire qui est seul maître á bord semble être seul juge de ses libéralités. Ce peut être un dirigeant d´entreprise, un homme politique ou tout autre qui possède un pouvoir. Tous ont des comptes á rendre : á leur personnel, mais aussi á leurs actionnaires, voir leurs clients ou á l´état, s’ils sont élus á leurs électeurs et s’ils sont rois ou chef d´état, ils devront rendre compte au peuple un jour ou l´autre.
Nous constatons que les intérêts de ces divers interlocuteurs doivent être conciliés. Ce n’est pas la générosité qui peut être le moteur, mais la justice et le premier devoir de justice envers la société est d’assurer sa survie. Car, si la société périclite, aucune de ses parties prenantes y ne pourra trouver son compte. Cette donnée, ce truisme pourrait on dire, marque les limites possibles de la libéralité d´une organisation. Dans ce cas, nous pouvons constater, en regardant l´histoire des peuples qu´il est des circonstances où la force des choses s’impose.
Ce travail certes incomplet suscite en moi une réflexion que je porte á votre analyse. Il me semble que nous vivons plus que jamais le temps de la responsabilité et cette responsabilité doit avoir une étique ?...
Ne somme nous pas dans une problématique d´humanisme ? Où l´éthique tiendrait á l´opposition qui est faite entre logique de la responsabilité et logique de l´obéissance. A cette forme, s´ajoute l´idée neuve que c´est dans une cellule définie par la finalité de l´efficacité que la responsabilité doit être cultivée, á la fois comme une composante de l’efficacité et comme une réponse á la demande d´autonomie des individus eux-mêmes.
L’entreprise devient une institution particulière á la finalité économique et comme un lieu privilégié de cultures et de croissances personnelle. C’est ce double but qui, á mon avis, rend vulnérable, voir équivoque, l´étique des affaires ?
Dans ce cas, le danger ne serait-il pas que l´appel á la responsabilité individuelle soit une ruse subtile de l´idéologie productiviste, en particulier lorsque cet appel est couplé á une demande d´adhésion á des valeurs sociétales définie au sommet ? Le contre argument serait précisément dans ce cas d´opposer la logique de la responsabilité á celle de l´obéissance, dont le règne pourrait se perpétuer de façon dissimulée sous le couvert du serment d´allégeance qui implique volontiers l´appel á la responsabilité. Sans doute, l´éthique de la responsabilité n´a-t-elle jamais fini de s´opposer á l´éthique de l´obéissance. Dans ce cas, nous sommes tentés par l´irénisme et c´est en fait, faire coopérer des hommes et des femmes vers un projet équitable d´accomplissement et de juste répartition des biens.
Ne pourrait-on pas suggérer l´idée d´un échange et d´un enrichissement mutuel. A trop vouloir s´enrichir on fini toujours par tout perdre. Ainsi, la définition de la responsabilité par la protection du périssable, ne s’applique pas seulement á la biosphère, mais de proche en proche au cercle plus restreint de l´économie mondiale et du développement et finalement á l´entreprise qui apparaît comme une chose fragile á protéger et á faire croître.
Mais je m´éloigne de mon sujet et je vais tenter d´y revenir. Ne faudrait-il pas, face aux prédateurs cupides et sans scrupule, qui mènent le monde á sa perte, opposer le sens éthique de cette responsabilité, parce que chaque individu se découvre auteur, á un titre ou á un autre, des changements de grande ampleur. Peut être sera t-il tenté de les attribuer á des forces qu´il ne contrôle pas. Dans ce cas, nous verrions la pauvreté du monde s’exprimer tel un ouragan et troubler la belle ordonnance de nos concepts.
Nous vivons peut-être une fin de règne, (les grands détournements de fond, la fragilité des systèmes économiques, la chute de Doubaï etc…) Nous vivons un impératif nouveau de responsabilité qui par ailleurs est formulé par Hans Jonas. Il vient enrichir ce concept en partant du principe que nous sommes á la rencontre des mutations de l´agir humain á l´âge de la technologie,
et que nous devons considérer l´éthique de conviction et l´éthique de responsabilité. En effet, comment la responsabilité pourrait-elle relever de l´éthique si elle n’exprime pas une conviction ? Et qu’est ce qu´une conviction qui ne rend pas responsable ? Cette polarité touche á quelque chose d´essentiel dans l´exercice du pouvoir.
Je ne vais pas refaire l´histoire d´Antigone de Sophocle…
Il faut entendre la voix discordante de Jacques Ellule, déclarant qu´il n´y a plus d´éthique, que l´âge technique marque précisément l´occultation du problème éthique, dans la mesure où le phénomène technique a ses propres lois de développement qui excluent la distinction entre le faisable et le permis.
Il faut donc se méfier de cette dérive qui est l´efficacité á tout prix…L´idée de conviction et celle de responsabilité doivent s´enraciner le plus fortement dans la conviction qu´il y a obligation de porter secours au périssable…
Article d´actualité que je vous invite á lire. Phippe Michotte auteur de ce texte est HEC, expert comptable, dirigeant dans un groupe industriel dynamique...
Mercredi 9 Juin 2010 –« La vague scélérate »
Mon père, qui avait pas mal navigué du temps qu’il était jeune et romantique, m’avait parlé de cette chose monstrueuse qui hante les récits des marins au long cours.
Je m’explique : quelquefois se forme, au plus profond des océans ténébreux, quelque chose de cruel, fruit des noces des courants, des vents et des fonds marins : une vague unique en son genre, si énorme qu’elle emporte tout sur son passage. Comme elle est fille des turbulences indéchiffrables, des différences de potentiels et de la dynamique du chaos, nul ne saurait la prévoir. Tout ce qu’on sait de ces tremblements de mer, c’est qu’il finira bien par s’en produire un, et que ce jour-là l’homme de quart verra galoper vers lui un mur liquide auquel rien ne résiste. Faire sa prière, se mettre à la cape, comme on peut, et de mobile qui croit piloter sa route, devenir épave fuyante, corps-mort, projectile pour ainsi dire : tel est le sort funeste de ceux qui ont le malheur de croiser la route de quelque chose qui les dépasse infiniment.
Il y a des vagues inouïes qu’aucune force humaine ne saurait étaler.
Telle est la loi du chaos, quant il nous percute dans sa force majeure, irrésistible, ni bonne ni mauvaise en fait : simplement là pour nous rappeler que nous sommes chétifs et qu’il est le maître de nos destinées.
Cette fois-ci, ce n’est pas d’une catastrophe naturelle qu’il s’agit. Mais de quelque chose que nous avons déchaîné, nous les hommes, et dont nous avons perdu le contrôle sans le savoir. Je veux dire ce ras de marée numérique qui passe au dessus de nos têtes sans qu’on s’en inquiète, piloté par des algorithmes encapsulés dans des ordinateurs connectés les uns aux autres via des satellites et des fibres optiques larges comme des autoroutes. Pour nous autres qui vivons sur terre, il suffisait de ne pas regarder pour ne pas voir ces orages magnétiques, dont la temporalité est la nanoseconde, dont l’intensité excède des milliers de fois toute la richesse que nous saurions produire. Des courbes ondulantes comme des serpents de mer, et rien de plus qui pourrait menacer nos vies sublunaires : quelque chose de virtuel, comme un jeu vidéo, trop théorique pour nous concerner.
Cette apocalypse qui nous menace à présent, a surgi de nulle part il y a 2 ans, comme dans un film de R.Emmerich : d’abord les pauvres, surendettés par de l’argent facile fourgué par des placiers aux souliers pointus, et tous ces mistigris dérivés, découpés en fines tranches de carpaccio par des polytechniciens dévoyés, ces souches dormantes qu’on s’est refilées comme des virus, avec des modes d’emploi de 800 pages que personne ne lisait. La mathématique infernale, démultipliée par la puissance des calculateurs, au service de la propagation planétaire.
Où l’on découvre que cela fait bien 15 ans que nos X boutonneux, gloires de la République, qu’on voyait défiler couronnés d’un bicorne, ont envahi les salles de marchés, eux qu’on croyait à Saclay ou à Toulouse à construire des cyclotrons ou bien l’avion du futur. Qui savait cette trahison subreptice de la crème de nos élites ? Une urgence s’impose : celle de placer les mastères-finances de Polytechnique sous contrôle de la Nation. Pour que les Grandes Ecoles, gloires de la République, continuent à produire des serviteurs de l’Etat et de l’économie réelle.
J’ai toujours pensé qu’un pays qui n’a plus d’ingénieurs, ou des ingénieurs honteux comme c’est le cas aux Etats-Unis, au Royaume Uni et maintenant en France, est une étoile morte.
Nous en sommes à ce point. Un beau jour de rentrée, voilà ces banques orgueilleuses, « too big to fail », qui rendent l’âme d’un coup, et les tours qui se vident soudain : la haute finance était nue, mais nous ne le savions pas. Les états surendettés, mais « prêteurs en dernier ressort » comme on dit, volent au secours des apprentis-sorciers, pour sauver l’épargne de la veuve de Carpentras ; par superstition aussi : pour renflouer un système qui les dépasse depuis longtemps en vérité, mais qui est le seul qu’ils connaissent et dont beaucoup sont issus (T.Geithner, L.Summers dans l’administration Obama).
Accalmie trompeuse en 2009, et un an plus tard, voici revenir cette vérole qui, à présent, défigure les comptes des états-pompiers, les « dettes souveraines » et les déficits qui s’envolent, et, un peu partout, des incendies qui s’allument, surinfectés par la « défiance des marchés » : ceux-là mêmes, en somme, par qui la Chose est arrivée, ceux-là qu’on a sauvés, et qu’il faut à présent se concilier pour conserver son triple A comme à l’école.
Ces mendiants d’hier redevenus les censeurs d’aujourd’hui, avec leurs noms à particules qui rappellent l’Angleterre victorienne ou le New York de J.P.Morgan : les honorables Goldman Sachs, Standard & Poors, et consorts.
En moins de 6 mois, l’Euro, ce nouveau deutsche mark qui nous rassurait tant, perd 20% de sa valeur, par rapport au dollar, qu’on croyait cuit il y a moins d’un an. Sauf que l’un n’est que la devise d’une province du monde (l’Europe), alors que l’autre est en fait cogéré par l’Amérique, obèse et surendettée, et par son principal banquier, la Chine. On ne laisse pas tomber un débiteur-consommateur de cette taille à qui l’on a prêté dans sa propre monnaie de singe. Entre l’Amérique et la Chine, c’est désormais le pas de deux, un tango fatal dont on ignore lequel dirige l’autre.
Troisième épisode de la Vague : des plans de rigueur partout, pondus à la 6/4/2 et sans concertation par des gribouilles, qui vont briser toute promesse de croissance pendant 10 ans, et la course à la vertu sur le dos du peuple, après 30 années d’anesthésie budgétaire : le peuple-la finance-les états-le peuple, la boucle est bouclée. La finance ne meurt jamais, paraît-il, l’état sait maintenant qu’il est faillible, le peuple -qui est immortel- finit toujours par payer : chômage, pauvreté, précarisation des parcours professionnels, espérance en panne pour une génération sacrifiée.
Or l’espérance sociale, c’est ce qui fait que les peuples sans religion se tiennent tranquilles.
De l’autre côté de ce monde devenu « global » à la mesure de ce qu’il est déséquilibré, il y a l’Empire du Milieu, qui s’est bel et bien réveillé, et qui fabrique en gros tout ce dont nous avons besoin, en se gardant bien de sortir trop vite ses masses laborieuses de l’état de nécessité dans laquelle les maintiennent 5 millions de notables septuagénaires encartés communistes. Garder le contrôle politique le plus longtemps possible, s’enrichir et fermer sa gueule, et après nous le déluge, selon la belle formule du petit père Deng Xiaoping !
Et accessoirement, venger le sac du Palais d’Eté, la Guerre de l’Opium et les canonnières du Yang Tsé. Tout cela est en bonne voie. Depuis que nous avons renoncé au prioritaire (ces biens manufacturiers qui nous entourent et dont nous aurions bien du mal à nous passer) au profit du soi-disant primordial (l’économie de l’information, les biens immatériels), que nos ingénieurs ne rêvent que de devenir traders et nos enfants de faire sciences-po, nous dépendons des chinois pour nos vêtements, nos souliers, nos meubles, nos tissus, nos appareils électro-ménagers, nos bicyclettes, nos jouets, nos smartphones, et même pour ces PC sur lesquels nous sommes censés garder la maîtrise de l’économie de l’information. Tu parles !
A-t-on jamais vu des superstructures suspendues dans l’air, sans infrastructures qui les soutiennent, des logiciels sans ordinateurs, de la culture sans appareil productif, des bureaux sans usines…. Et pourquoi pas une âme sans un corps à habiter ? Bien peu de nos enfants verront de près une vraie usine avec des ouvriers en poste sur des machines-outils, ou alors en stage d’éveil de troisième comme on visite un zoo. Et ce pour deux bonnes raisons :
1. Parce qu’il y a de moins en moins d’usines sur le sol de France
2. Parce que nous voulons tous qu’ils soient banquiers, avocats, informaticiens, rigueur bureaucrates
C’est ainsi que Venise est entrée en décadence, au XVIIème siècle, quand coupée des nouvelles routes maritimes, et vidée de toute économie réelle, elle prit le visage que nous lui connaissons : celui d’une vieille courtisane, dévitalisée sous le fard.
Il n’y eut pas de vague scélérate sur la lagune, car la vie s’en est allée doucement : ce fut la Villégiature de Goldoni à la place des échelles du Levant, comme Constantinople, sa devancière, son modèle et sa proie, 5 siècles auparavant. Bien fait pour elle, comme dirait F.Braudel ; l’économie-monde se déplace au gré de l’élan vital des peuples et de la force des choses.
Quant à nous autres européens -en incluant nos héritiers d’amérique- qui avons dominé le monde pendant si longtemps, jusqu’à inventer l’idée de progrès, la démocratie et la « concurrence libre et non faussée », nous voici à la merci de cette dépendance dédaigneuse dans laquelle nous nous sommes mis nous-mêmes : celle qui consiste à faire faire par les « pays émergents » tout ce qui nous est nécessaire et que nous ne voyons plus, mais dont nous ne saurions nous passer.
Pour soi-disant vaquer à nos chères études, débarrassés des contingences de l’industrie, comme s’il suffisait d’avoir les mains blanches pour que s’envole l’esprit.
Comme disait mon père -encore lui- « ce n’est pas parce que tu n’es pas manuel que tu es un intellectuel ». Vérité faible, comme je les aime, et que j’applique à notre vieux monde.
Alors le jour où la Chine et quelques autres « émergents », croulant sous ces milliers de Milliards de $ d’obligations du trésor qui correspondent à ce que nous leur achetons faute de savoir le faire nous-mêmes, déboucleront leurs positions d’une façon ou d’une autre, c’est une vague scélérate d’une magnitude sans précédent qui s’abattra sur deux continents qui se sont relayés pour exploiter le reste du monde, nous révélant pour ce que nous sommes en vérité : des bouchées de pain qui ne savent que consommer et spéculer, activités improductives par excellence.
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